photo Remy Romeder

Montmartre-aux-Artistes

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Jean Martinon (1910-1976), chef d'orchestre, compositeur

 

Un Entretien avec... JEAN MARTINON


(description de son Atelier à Montmartre aux Artistes)

Je descendais, l'autre jour, de la Butte Sacrée ! Une muse -elles sont plus de 9 en ces lieux- m' orienta vers la demeure de JEAN MARTINON qui venait de rentrer après un an de concerts passé à l'étranger. Euterpe, cette muse? peu probable. Plus la muse de la peinture qui, depuis des millénaires, se cache dans le Pinde montmartrois -aussi n'y a t-il pas de muse officielle de la peinture !...

Pour ne vous rien celer, JEAN MARTINON habite un atelier de peintre. Il aime la peinture. Il a lui-même lavé des aquarelles -n'en parlez-pas- et réuni une petite collection de tableaux du goût le plus sûr. La preuve? les Allemands l'ont écrémé tandis que, captif, il savourait les douceurs d'un Stalag.

Musique et peinture. Quelle aubaine ! Les sons et les couleurs qui "se répondent" -infailliblement. La couleur "voix des choses" : "j'écoute avec mes yeux la voix blanche de mes draps et la voix verte des arbres"... -c'est du Louis Codet, chère Madame. Et par surcroît, JEAN MARTINON est un grand voyageur. Le voyage, l'évasion... O Muse, modère-toi !

Dans cet atelier, un piano. MARTINON se défend d'être pianiste. Le piano, me dit-il, est un "excitant" d'abord, un "moyen de contrôle" ensuite. Sur le piano, un violon, instrument de prédilection du musicien avant qu'il adopta la baguette de chef reçue des mains de CHARLES MUNCH dont il fut le suppléant à la Société des Concerts pendant les Saisons 44-45 et 45-46.

...Assis dans un fauteuil dont les profondeurs élastiques m'éloigne plus de la terre qu'elles ne m'y fixent, je voyage en l'esprit. Il s'agit de suivre les itinéraires de l'artiste. Jeu difficile. Journaux et revues me défilent entre les mains. Ils marquent des étapes "Ogriennes" : Angleterre, Pologne, Chili, Pérou, Italie...Partout notre Ambassadeur bénévole de la musique française contemporaine a fait "applaudir...à grands cris" -Si j'ose écrire avec un éminent critique - Debussy, Ravel, Roussel, Honegger, Milhaud, Messiaen, Duruflé -j'en passe- et MARTINON lui-même.

(Le Guide du Concert)
28/01/1949


Oui, MARTINON. Il y a deux hommes en lui. Celui de notre photo -le chef d'orchestre- avec sa bouche volontaire, ses cheveux en étincelles, se yeux de magnétiseur aux aspects mobiles sous la pression des sourcils. C'est celui dont Honegger disait :"Il conquiert non seulement le public, mais encore (ce qui est plus difficile) les orchestres." Le second, un photographe polonais en a fixé la physionomie douce et méditative. C'est le compositeur. Deux hommes qui s'équilibrent en s'interpénétrant, comme leurs activités elles-mêmes. Dissocier ce que la nature a si bien uni serait un crime. Ouvrons donc à JEAN MARTINON cette galerie des "entretiens avec...".

Admettez-vous le dodécaphonisme ?

-Non. Je considère que tout principe mis à la base d'une oeuvre d'art est défavorable à sa réalisation. Sans doute, quelque compositeur ont pu écrire des oeuvres de valeur en partant de théories déterminées, mais ils ne sont que des exceptions de génie qui confirme mon opinion.

Donc, vous ne pensez pas , avec Gide, que toute oeuvre d'art soit "le résultat d'une contrainte", et vous vous rallieriez à Saint-Saëns : "Les artistes n'ont besoin que de liberté pour produire des oeuvres nouvelles"

-Oui, mais Saint-Saëns n'a jamais usé lui-même que d'une liberté très relative. Quant à la "contrainte" dont parle Gide, c'est probablement la contrainte volontaire des moyens pour la réalisation spéciale du climat déterminé d'une oeuvre. Mais il y a -Malheureusement- une contrainte de technique, adopté par principe de mode. Elle ne peut que gêner l'élan de l'expression et conduire à des oeuvres doctrinales dont le temps, généralement, fait justice.

Voulez-vous nous dire à quels compositeurs va votre admiration ?

-Question fort épineuse. Je n'ai pas le fétichisme des grands noms. S'il est des compositeurs qui "excellent dans le médiocre", comme on a dit joliment, il est parfois de grands compositeurs qui ont leurs moments de faiblesse et d'infériorité.

(Le Guide du Concert)
28/01/1949


Vous trouverez le Curriculum Vitæ de Jean Martinon ici.

Extraits de sa discographie sur cddb.com.

 
   
   
 
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